mardi 4 octobre 2011

Rubygate : nouvel acte du procès qui mine Berlusconi

C'est un Silvio Berlusconi morose qui a fêté jeudi dernier ses 75 ans, dans la discrétion et l'intimité, alors que sa popularité connaît une chute sans précédent, que son gouvernement est tiraillé par des tensions, et que de nouvelles enquêtes judiciaires se profilent. Le Cavaliere aurait même confié mercredi soir à des députés de sa majorité qu'il n'y avait "rien à fêter", ajoutant que les magistrats lui préparaient "un beau cadeau". Il semble craindre désormais que les juges l'obligent à finir comme son mentor en politique, Bettino Craxi, mort en exil en Tunisie alors qu'il faisait l'objet de multiples procédures judiciaires. Il est vrai que Berlusconi fait lui-même l'objet de trois procès à Milan : il est poursuivi dans l'affaire Mediaset pour fraude fiscale, dans l'affaire Mills pour corruption de témoin... sans compter le Rubygate et les accusations de prostitution de mineure. Dans ce dernier procès, Berlusconi est également jugé pour abus de fonction après être intervenu auprès de la police de Milan pour faire libérer Ruby, de son vrai nom Karima El Mahroug, lors de son interpellation pour un vol présumé fin mai 2010. C'est précisément cette dernière affaire qui reprend ce lundi.
Un avocat du cabinet assurant sa défense a déjà fait savoir que le chef du gouvernement italien ne sera pas présent à l'audience. Quant à Ruby, la mineure marocaine que le Cavaliere est accusé d'avoir rémunérée entre janvier et mai 2010 pour des prestations sexuelles, elle devrait aussi briller par son absence. C'est donc le contexte d'accumulation des procédures judiciaires et des soucis politiques qui semble miner Berlusconi, beaucoup plus que ce procès en lui-même. Sachant que les avocats du Cavaliere ont déjà entamé une bataille de tranchées juridique, et qu'ils devraient, ce lundi, soumettre une requête de suspension du procès jusqu'à la décision de la Cour constitutionnelle sur la compétence du tribunal de Milan dans cette affaire.
Une décision de la Cour constitutionnelle début 2012
Les deux chambres du Parlement ont saisi la plus haute juridiction d'un "conflit d'attribution" en affirmant que seul un "tribunal des ministres", collège de magistrats constitué pour l'occasion, peut juger le président du Conseil pour un éventuel abus de fonction. Selon leur argumentaire, Berlusconi croyait que Ruby était la nièce du président égyptien de l'époque, Hosni Moubarak, et a agi en tant que Premier ministre pour préserver les relations entre les deux pays. La décision de la Cour constitutionnelle n'est pas attendue avant... début 2012.
Mais ce scandale Rubygate, ponctué par la publication en 2011 d'écoutes téléphoniques où des dizaines de jeunes filles racontaient leurs soirées de débauche dans ses villas, en évoque étrangement un autre. Berlusconi vient en effet d'être rattrapé par l'affaire "Escort", qui a pour personnages principaux un entrepreneur de Bari, Giampaolo Tarantini, et un directeur de journal, Valter Lavitola. Les deux hommes lui auraient fourni des call-girls (appelées "escort" en Italie) pour des nuits torrides entre juillet 2008 et avril 2009. Ils espéraient en échange décrocher des contrats avec des colosses publics comme Finmeccanica, tombés à l'eau par la faute d'une des prostituées, Patrizia D'Addario, qui a tout raconté au parquet de Bari.
Selon les médias, Berlusconi, jusqu'ici considéré comme la victime d'un chantage de Lavitola et Tarantini, pourrait être bientôt l'objet d'une enquête pour avoir incité l'entrepreneur à mentir en affirmant aux magistrats que le Cavaliere ne savait pas que les jeunes femmes étaient des prostituées. La publication dans les journaux de nouvelles écoutes embarrassantes pour le Cavaliere a incité l'Eglise italienne, plutôt tolérante jusqu'à présent à son égard, à dénoncer "des comportements difficilement compatibles avec la dignité institutionnelle". Et les scandales de moeurs qui cernent le Cavaliere se traduisent de plus en plus sur la scène politique, avec la révolte des ouvriers et petits entrepreneurs qui forment l'électorat de base de son allié-clé, le parti populiste Ligue du nord, furieux de ses frasques et de la paralysie du gouvernement.

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