Alain Crémont
[COMMÉMORATION 50e ANNIVERSAIRE de la CATASTROPHE FERROVIAIRE de VIERZY]
Un demi-siècle… Cela fait déjà un demi-siècle que ce terrible accident est venu bouleverser à jamais la vie de plus de 100 familles, directement impliquées dans cette tragédie.
Pourtant, en ce 16 juin 1972, rien ne laissait présager que l’enfer allait s’abattre sur notre territoire.
Bien au contraire, le week-end qui se profilait s’annonçait riche en festivités :
la ville de Soissons s’apprêtait à accueillir un concert de Johnny Hallyday ;
le village de Vierzy se préparait à célébrer la Saint-Ruffin, le patron de la commune ;
et la caserne Gouraud s’activait pour recevoir des visiteurs à l’occasion des portes ouvertes du 67ème régiment d’infanterie.
C’est donc le cœur léger et plein d'enthousiasme que les nombreux passagers, composés majoritairement d’étudiants, de travailleurs et de militaires en permission, prennent place à bord de l’autorail 2841.
A 20h54, comme à son habitude, le train s’engouffre dans le tunnel sans savoir qu’il s’avance vers son destin tragique.
Quelques instants plus tard, à près de 108 km/h, la voiture de tête percute un éboulis survenu peu avant, entraînant l’arrêt net du train et l'enchevêtrement des wagons.
À 20 h 56, dans le sens opposé, l'autorail 7844 en direction de Paris entre à son tour dans le tunnel et vient se fracasser sur les lieux de l’accident.
Ces deux minutes, terribles, vont marquer l’histoire.
L’histoire du transport ferroviaire, puisque cet accident est le plus meurtrier en France depuis 1933 et le troisième plus meurtrier dans l'histoire ferroviaire française.
C’est en effet un véritable chaos qui se produisit sous le tunnel, entraînant le préfet de l'Aisne à déclencher le plan Orsec dès 22h.
Au plus fort des opérations, ce sont environ 500 secouristes qui ont œuvré pour délivrer les victimes des décombres.
Pendant plusieurs jours, ils ont travaillé sans relâche dans l'obscurité et la chaleur pour se frayer un passage parmi les tôles entremêlées.
Souvenons-nous que les derniers débris du matériel ont finalement été évacués le vendredi 23 juin, soit 7 jours après l’accident.
C’est aussi l’histoire du territoire qui est marqué à jamais par cette catastrophe, que nous mettons un point d’honneur à commémorer, chaque année, en ce lieu, pour ne jamais oublier.
Au cours de l’histoire, notre territoire a connu son lot de blessures profondes qu’il a dû surmonter pour se reconstruire avec résilience.
La catastrophe de Vierzy fait partie de ces dates marquantes, éternellement liées à l’ADN de notre territoire.
Croyez-moi, nous n’oublierons jamais ce 16 juin 1972.
Nous n’oublierons jamais les 240 blessés dont 111 le furent gravement;
Nous n’oublierons jamais les 108 victimes.
Les noms de ces dernières sont gravés dans la pierre, que ce soit à Vierzy ou ici, sur la stèle qui trône devant l’abbaye Saint Léger.
Ils le sont aussi dans nos esprits et dans nos cœurs.
Ils seront également cités, les uns après les autres, dans quelques minutes, dans un moment de recueillement et d’hommage.
Oui, c’est toute une génération qui a été touchée par cette catastrophe : victimes, témoins, riverains… de nombreuses vies ont changé à partir de ce jour.
Des vocations sont nées, certains enfants du village et des alentours souhaitant dès lors devenir médecin, pompier ou secouriste.
Enfin, bien-sûr, ce drame a marqué à jamais VOTRE histoire personnelle, vous, les familles et proches des victimes.
Vous avez dû subir la brutalité de cette nouvelle, tellement imprévisible.
Et vous subissez, depuis, une douleur qui, je l’imagine, ne vous a jamais quittée.
Votre souffrance aussi doit être prise en considération d’autant qu’à l’époque, il n'existait ni cellule psychologique ni médecine de catastrophe.
Mais le drame de Vierzy, les autres catastrophes ferroviaires de l’époque et les attentats terroristes qui suivirent, ont contribué à la mise en place des cellules d’urgence médico-psychologique et de la société française de médecine de catastrophe.
Cette cérémonie anniversaire est donc également l’occasion de vous rendre hommage, de prendre en compte votre souffrance et d’exprimer notre compassion.
A l’issue de cette cérémonie, nous aurons l’occasion de nous retrouver autour du verre de l’amitié afin d’échanger en toute convivialité.
Nous vous proposerons également la diffusion du film « Et puis nous sortirons revoir les étoiles », réalisée par la fille de Bernard DEBRAYE, dernier voyageur à avoir été sorti vivant des décombres, 43h après l'accident.
Ce film personnel et émouvant rappelle l'ampleur de cet événement et la trace qu'il a laissée dans la mémoire collective de la région et de ses habitants.
Pour conclure, permettez moi simplement de réitérer haut et fort que :
jamais Soissons et les Soissonnais n’oublieront cette date du 16 juin 1972, qui fait entièrement partie de notre histoire.
jamais nous n'oublierons les victimes, les blessés et l'ensemble des passagers rattrapés par un destin tragique.
C’est pour leur rendre hommage qu’aujourd’hui nos pensées communes se dirigent vers eux et vers leurs proches.
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